Pokhara 3: Le monastère Bouddhiste
Le chauffeur nous dépose ensuite dans un monastère Bouddhiste. Le changement d’atmosphère et d’environnement est radical. Ici la paix prédomine, et tout est d’une méticuleuse propreté. Aucun papier gras, jardin entretenu, peintures pimpantes et récentes, c’est un endroit où il doit être agréable de séjourner. Ici aussi on est accueilli par un Bouddha doré. Celui-ci est debout au milieu d’un bassin, comme celui de Swayambunath. Il trône au milieu d’un joli jardin, arboré et orné parcimonieusement de drapeaux à prière. A quelques mètres de là, un autel avec trois immenses statues impose le respect par sa taille, ses couleurs éclatantes et la mine solennelle des personnages : le Bouddha au milieu, et peut-être des lamas remarquables autour de lui. On a doré leur peau, et tout autour d’eux flamboie de teintes vives : les murs, les piédestaux, leurs vêtements, la corniche. Tout autour de l’autel sont disposés des moulins à prière qu’il faut faire tourner les uns après les autres pour que les textes de prières enfermés dedans soient diffusés dans l’atmosphère et accélère l’éveil de toute l’humanité.
Un peu à l’écart à droite de l’autel, une petite pièce renferme un moulin à prière géant, peint en rouge avec le mantra en doré. On le fait tourner en même temps qu’on en fait le tour.
En montant du jardin vers les bâtiments du monastère proprement dit, on passe devant un petit terrain de basket qui nous rappelle qu’on est bien au XXIe siècle. Le monastère est situé en hauteur par rapport à la ville, en offrant un joli panorama.
Plusieurs bâtiments au sommet. En montant par les escaliers on aperçoit les chambres (ou dortoirs ?). Une fois en haut à gauche il y a des salles de classes, assez semblables aux nôtres : des pupitres, des chaises et un tableau noir. La plupart sont vides, dans l’une d’entre elles des petits moines étudient. Ils sont concentrés, indifférents à, notre présence. Les autres enfants sont à l’extérieur, cachés par le bâtiment principal, le temple, qui leur donne de l’ombre en cette chaude journée. Ils jouent aux billes, au loup. Certains, de l’autre côté du temple, étendent au soleil leurs costume or et aubergine qu’ils viennent de laver. Eux non plus ne prêtent pas attention aux visiteurs.
Au centre, le temple est éclatant de couleurs. Il ressemble aux temples tibétains : normal, il a probablement été construit pas des réfugiés. Il paraît que la communauté bouddhiste népalaise est bien plus riche que les hindous du pays. L’explication est simple : lors de leur exil, les tibétains on emmené toute leur fortune mobile. Ils ont dû abandonner leurs maisons, mais ils ont emporté leurs métaux précieux. C’est d’ailleurs sans doute la frange la plus riche de la population qui s’est exilée. Ceux qui avaient les moyens de le faire. Ils ne font pourtant pas étalage de leur fortune, pas de costumes ostentatoire, ni de maisons luxueuses. Seuls les temples, imposants par leur architecture, et méticuleusement entretenus, témoignent de cette richesse.
Le portail du temple offre un nouveau choc coloré : d’immenses fresques couvrent les murs, du sol au plafond. Des personnages flottent sur des nuages, au milieu de dragons, et surplombent un paysage de montagne peuplé de créatures variées. Ça fourmille de détails insolites, comme cette femme nue aux canines proéminentes qui ramasse de drôles de boules dans la mer (la rivière ? le lac ?). Ou cette pyramide d’animaux qui représente l’harmonie. Ou encore ce rat qui dans les bras d’un des gros personnages, avale les boules ramassée par la femme dentue. Des frises stylisées encadrent les fresques et ornent les corniches, colonnes, chapiteaux. Je reconnais quelques éléments comme Garuda, l’oiseau véhicule de Vishnou. C’est bucolique (petit oiseaux, lapins, chevreuils) et la musique est très représentée (étrange personnage à tête de cheval, qui joue de ce qui semble être un banjo, ou une mandoline).
Après avoir enlevé nos chaussures, on rentre dans le temple, et l’émerveillement se poursuit. Tous les murs et le plafond sont aussi recouverts de peinture. De nouvelles scènes mystérieuses s’offrent à nos yeux. La pénombre qui règne dans la pièce accroit l’ésotérisme qui se dégage de ces récits dont les clés m’échappent. Bouddha est représenté à de multiples reprises, des prêtres aussi ainsi que des dieux. Seul le sol reste sobre, avec simplement une frise de méandres étrangement hellénisants pour l’endroit. Tout au fond de la salle, derrière une vitre, un nouveau Bouddha tout recouvert d’or. Depuis l’entrés jusqu’au fond deux rangées de pupitre bas se font face. Au bout, avant l’autel, deux pupitres un peu plus élevés : la place des maîtres je suppose. Du côté de l’entrée, deux gongs impressionnants.
Sur les pupitres, des livres sont éparpillés, ouverts sur des textes en caractères tibétains. Certains sont semblables aux nôtres, d’autres, plus nombreux, sont faits d’un empilement de longues bandes de papier, qu’on enroule dans un tissu surmonté d’une couverture décorative. Il y partout de petits détails surprenants, dignes d’admiration ou enigmatiques : alignement de bols de métal pleins d’eau sur l’autel, petits dragons rouges sculptés enrubannés dans une foulard, objets de cultes en métal, sculpture en bois ornant les sièges des lamas, représentant aussi des dragons, thangkas délavés accrochés aux murs et au plafond, plafonds eux-mêmes remarquables, à caissons, ouvragés, colorés eux aussi, offrandes de riz et d’encens posés à côté d’un portrait…
On ressort en plein soleil, la lumière semble agressive après la pénombre du temple. La façade du temple explose de couleur sous les UV. Devant une cour vide, dans un coin des piments rouges sèchent au soleil. Au-delà de la cour après un petit bâtiment qui sert apparemment à l’intendance et à l’administration, un parc descend en pente assez raide.
La visite est finie, et on repart, à regrets pour ma part, de ce lieu qui garde pour cette fois ses mystères.